En vitrine
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𝐏𝐚𝐫𝐭𝐢𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫 𝐬𝐚 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞
« Je suis parti de Santiago avec de la poussière dans les narines et Wilner dans la tête. Le bus dans lequel j’avais embarqué, une guagua qui n’avait de freins que dans les prières, se dirigeait vers le Cibao, là où la terre est si grasse qu’elle engraisse même les dettes. La route serpentait entre les collines et les champs de canne où on cultivait la misère. Les femmes portaient des paniers plein d’attentes, les hommes des machettes sans manche, et moi, je portais mon passé dans un sac de plastique trop léger pour ce qu’il contenait : un carnet humide, quelques souvenirs, et la volonté de ne pas mourir bêtement dans un pays où mourir est le métier le plus répandu ».Thélyson Orélien, 𝐶’𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑐̧𝑎 𝑜𝑢 𝑚𝑜𝑢𝑟𝑖𝑟, Éditions du Boréal, p. 50.
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Autrice du mois de mars 2026 : Monica Ojeda

Chaque mois, la librairie présente un.e auteur.ice qui, par l’entremise d’une récente parution, se démarque dans l’actualité littéraire. Ce mois-ci, c’est l’autrice Monica Ojeda qui est à l’honneur. La romancière s’est fait remarquer dans le paysage littéraire avec un premier roman vorace et saisissant : Mâchoires.
Ce mois-ci, elle revient avec un nouveau titre tout aussi prometteur : Chamanes électriques à la fête du soleil.
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Îles, une traversée en livres

Aux confins des mers et des océans luttent sans relâche des bouts de terre isolés. On les appelle, individuellement, « île ». Trois petites lettres en étendard sur fond bleu. Les îles sont mouvement. Elles se détachent des continents ou surgissent des profondeurs, grandissent au rythme des éruptions. Certaines se font engloutir, d’autres hésitent entre submersion et apparition, telle Ferdinandea en Méditerranée. Accessibles uniquement par voies d’air ou d’eau, on aimerait dire qu’on n’y arrive pas par hasard, comme ces villes portuaires en derniers remparts des continents. Pourtant, bon nombre s’y sont retrouvés non par choix, échoués ou naufragés. Qu’importe, la manière, la rencontre ne laisse pas indifférent.
Landes d’espoir pour certains, les îles sont la prolongation de la cabane d’enfant. On y trouve des trésors enfouis, des créatures florales et fauniques endémiques, un terrain de jeu qui s’apparente davantage au territoire, mais dont les limites, accessibles, sont rassurantes. De lave, de glace et de sable fin, elles recèlent en leur sein un condensé de richesses qui nourrissent mythes et légendes.
Au revers de la fascination, l’étouffement pour d’autres. Prisons à ciel ouvert, parfois bagnes, les îles isolent du monde tout en rejouant à petite échelle les dérives sociétales. Elles deviennent le réceptacle de la folie humaine et de ses guerres. À celui qui regarde l’horizon avec espoir, elles mettent au supplice de climats extrêmes son corps et son esprit.
Aux archipels littéraires qui sont nés de ces contrées d’eau, nous rendons hommage dans notre libraire de l’île… de Montréal.



