« Au cours des dernières années, les ouvrages traitant des divers enjeux liés à l’omniprésence de l’intelligence artificielle dans nos vies se sont multipliés de manière exponentielle. Au sein de cette pléthore plus ou moins paniquée, le livre de Matteo Pasquinelli (dont la traduction se faisait attendre) détone par la manière dont l’IA est abordée. C’est-à-dire qu’au-delà d’être le symptôme de toute une série d’enjeux philosophiques, épistémologique et cognitifs, pour Pasquinelli, l’IA est d’abord et avant tout la continuation logique, bien que particulièrement virulente, d’un mode de production social instauré à partir de l’émergence du capitalisme industriel. Puisant à la fois dans l’œuvre de Marx (notamment le Grundrisse) que dans la constitution de la cybernétique de Weiner et la problématisation de l’algorithme en tant qu’unité sociale, Pasquinelli démontre avec une érudition et une acuité théorique époustouflante que l’intelligence artificielle ne constitue pas une rupture historique, mais l’aboutissement d’une longue histoire de l’abstraction, de la mesure et de l’extraction du savoir collectif au service de la valorisation du capital. »