Actualités littéraires
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Décès de l’écrivain libanais Elias Khoury
16-09-2024Il était l’un des plus grands romanciers libanais de sa génération et un fervent défenseur de la cause palestinienne. L’écrivain Elias Khoury est décédé, dimanche 15 septembre, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 76 ans, ont indiqué ses proches. Hospitalisé depuis de nombreux mois à Beyrouth, il a continué d’écrire jusqu’à son dernier souffle.
Écrire les conflits
Son œuvre, qui aborde, entre autres, les thèmes de la mémoire, de la guerre et de l'exil, a été traduite dans de nombreuses langues dont le français, l'anglais, l'allemand, l'hébreu et l'espagnol. L’un de ses romans les plus connus, La porte du soleil (Actes Sud, 2002) prend la forme d’une épopée relatant la tragédie de la Nakba, le départ forcé des Palestiniens de leurs terres, lors de la création de l’État d’Israël en 1948. L’ouvrage a été adapté au cinéma par le réalisateur égyptien Yousri Nasrallah en 2005.
Outre la question palestinienne qu'il aborde dans de nombreux autres romans, dont la trilogie Les enfants du ghetto (Sindbad, 2018), l'une de ses dernières œuvres, Elias Khoury a également abondamment raconté la guerre civile libanaise. Pendant le conflit, en 1977, il écrit ainsi La petite montagne, dans lequel il espère un changement de société. Plus tard, seront publiés Le voyage du Petit Gandhi ou encore Yalo (Actes Sud, 2013).
La question palestinienne
Né à Beyrouth en 1948, le romancier s’est engagé très tôt en faveur de la cause palestinienne. De 1975 à 1979, il a été rédacteur en chef de la revue Les affaires palestiniennes, collaborant avec le grand poète Mahmoud Darwich. Dans un article intitulé « Une année de douleur », écrit depuis son lit d’hôpital en juillet dernier, il déclarait : « Gaza et la Palestine sont pilonnées de façon sauvage depuis près d’un an et résistent (…) c’est un modèle ; qui m’apprend chaque jour à aimer la vie ».
Elias Khoury a également été directeur éditorial de la section culturelle du quotidien libanais As-Safir et rédacteur en chef du supplément culturel du quotidien libanais An-Nahar. Il a également enseigné dans plusieurs universités, notamment à Columbia aux États-Unis.
Photo: AFP/Marwan Naamani
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James C. Scott, anthropologue et penseur des sociétés sans État, est mort
27-07-2024Reporterre - 24/07/24Après David Graeber en 2020, c’est un autre pionnier de l’anthropologie anarchiste étasunienne qui nous quitte. James C. Scott est mort le 19 juillet à l’âge de 88 ans. Il laisse derrière lui une œuvre considérable et précieuse. Spécialiste des sociétés sans État, ce grand chercheur à l’université de Yale s’est évertué toute sa vie à déconstruire les récits dominants de notre époque. Éleveur de brebis, il avait les deux pieds ancrés dans la terre, et vivait sur sa ferme à Durham, à une trentaine de kilomètres de New Haven (Connecticut, États-Unis)
Dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, (traduit en 2013 en français au Seuil), l’anthropologue s’est intéressé aux peuples d’Asie du Sud-Est qui vivent dans des régions montagneuses et qui ont souhaité maintenir toute forme d’organisation étatique à bonne distance de leur existence. Il y démontre que l’agriculture itinérante ou l’oralité ne sont en aucun cas les étapes préliminaires de notre monde développé mais de vrais choix politiques, que des peuples libres et farouches entendent bien défendre.
Comment l’humain s’est autodomestiqué
Pour James C. Scott, le processus de civilisation n’a rien de linéaire, le progrès relève du mythe. Dans Homo Domesticus, un livre paru en 2019 à La Découverte que Reporterre avait recensé, il révèle, à grand renfort d’études archéologiques, comment la création des premiers États et de l’agriculture sont allés de pair avec l’aliénation des populations.
« Le Néolithique ne se résume pas à la domestication de quelques espèces animales et végétales, observait-il. Ce sont d’une certaine manière les humains eux-mêmes qui se sont autodomestiqués et rendus esclaves. » Dans un autre livre, L’Œil de l’État — Moderniser, uniformiser, détruire (La Découverte, 2021), il analyse les généalogies profondes des technologies de surveillance, les velléités de contrôle et de centralisation des États. Cette idée de vouloir rendre l’espace lisible, aplani pour toujours mieux lever les impôts, appeler à la conscription et prévenir les révoltes.
Les pensées de l’écologie perdent aujourd’hui un grand intellectuel qui avait l’émancipation humaine chevillée au corps et qui nous invitait à décaler le regard, à bousculer nos préjugés. Les barbares ne sont pas ceux que l’on croit. « Les âges sombres » non plus.
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Photo: James C. Scott
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L’écrivain et géographe Jean Morisset s’est éteint
23-06-2024Laila Maalouf - La Presse - 21/06/24Fils de navigateur, né en 1940 à Bellechasse-en-Canada, il a arpenté le continent du nord au sud, du Grand Nord à la Patagonie, en passant par le Guatemala, le Pérou, le Brésil, l’Alaska, Haïti, l’Amazonie ou encore le Pantanal, autant de voyages qui ont nourri sa réflexion sur l’identité et le destin des Amériques, de même que ses écrits.
Chez Mémoire d’encrier, il a fait paraître deux essais, Les chiens s’entre-dévorent… (2009) et Haïti délibérée (2011), ainsi que le recueil de poèmes Chant pour Haïti (2014).
« Il est décédé, hier, à l’hôpital juif, à la suite d’un cancer très rare », a déclaré Rodney Saint-Éloi, auteur et fondateur de Mémoire d’encrier.
Tout a commencé en Haïti à la fin de la dictature de Jean-Claude Duvalier en 1986 où je l’ai rencontré. Jean était un frère et un ami. Nous avons ce destin commun de la résistance. Le Québec existe grâce à des gens comme lui. Poète, géographe et graveur de mémoires, humain fondamental, il me parlait dans un de ses derniers mails de son enfance et de ce pays maritime “complètement ignoré et rendu invisible dans la fabrication du Québec des dernières décennies”. C’est lui qui m’a appris le Québec. C’est lui qui m’a donné à voir et à aimer le Québec.
Rodney Saint-Éloi, auteur et fondateur de Mémoire d’encrier
Jean Morisset a également publié chez Boréal l’essai Sur la piste du Canada errant, paru en 2018.
Avec Chloé Sainte-Marie, il a collaboré entre autres au livre-disque Maudit silence, paru à l’automne 2022. Il a par ailleurs contribué à plusieurs documentaires et produit le film Kiyoukta (réalisé par Aïda Maigre-Touchet), qui a reçu une mention spéciale aux 26e Rendez-vous du cinéma québécois.
Photo: Virginie Turcotte
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