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Pays des autres (Le) 3 J'emporterai le feu

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Éditeur : Gallimard Collection : BLANCHE Date de parution : 05 mars 2025 Rayon : LITTERATURE FRANCAISE Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782073098368

Couverture du livre Pays des autres (Le) 3 J'emporterai le feu - Slimani Leïla - 9782073098368
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À lire
« Cette conclusion magistrale à une trilogie déjà classique est certainement le plus beau livre de Leïla Slimani à ce jour. Explorant la période s’échelonnant des années 60 à nos jours, J’emporterai le feu se rapproche des enjeux du Maroc contemporain en l’éclairant depuis son histoire politique récente. C’est le livre des grands chantiers sociaux et économiques qui ont fait du Maroc l’un des pays les plus progressistes et prospères du Maghreb (malgré d’importantes inégalités persistantes). L’histoire de la famille Belhaj poursuit ses ramifications à travers l’histoire et l’on retrouve avec bonheur sa deuxième et troisième génération. Le propos féministe s’incarne solidement dans la trajectoire d’Aïcha (devenue gynécologue) ainsi que dans celles de ses filles, Inès et Mia. Une portion de la saga s’intéresse à la collusion et à la corruption qui mettront les bâtons dans les roues de l’idéalisme de Mehdi, nouveau président d’une banque de crédit social. Mais surtout, ce livre est celui de l’exil et de l’immigration, de celleux qui seront toujours perçus comme des étrangers, que ce soit dans leur pays d’origine ou d’accueil. Alors avec Inès, Mia et Selim, il ne reste plus qu’à prendre une grande inspiration, à sauter dans le vide avec la volonté de tout réinventer et sans plus se retourner. Car comme le disait Cocteau, dans ce genre de voyage, la seule chose que l’on peut emporter avec soi, c’est le feu qui fera de nous des êtres ardents.  »

extrait sélectionné

Oui, cette ville lui faisait peur. Casablanca et ses deux millions d’habitants. Les étrangers étaient partis, les Espagnols du Maarif, les Italiens du Belvédère, les coopérants français qui comme Henri avaient cru dans l’avenir de la jeunesse marocaine. Tous les jours, à la gare routière, débarquaient des familles de paysans. Casablanca, où avait été inventé le mot « bidonville », grandissait trop vite et chaque nuit, il semblait que des baraques avaient poussé, on avait creusé une ruelle, un groupe de mendiants s’était fait une place aux abords d’un club ou d’un restaurant. Des calèches tirées par des carnes erraient au pied des immeubles de luxe. Des filles aux yeux rougis par le haschich prenaient des coups de couteau sur la Corniche. Les bâtiments n’étaient ni assez hauts, ni assez blancs, ni assez modernes pour masquer la misère. La ville était trouée de terrains vagues et Mehdi se demandait si c’était la ville qui rognait sur la campagne ou la campagne qui colonisait la ville. Entre deux buildings paissaient des vaches faméliques et dans l’arrière-cour d’une clinique huppée, un coq marchait fièrement et réveillait à l’aube les patients. Loin, là-bas, dans les quartiers où la police patrouillait tous feux éteints, des garçons aux cheveux frisés composaient des chansons interdites. On se refilait sur cassette des prêches vindicatifs ou des morceaux de rock. La ville résistait, tel un organisme vivant qui combat la maladie. Elle résistait au silence, à la répression, à l’ordre qu’on voulait lui imposer comme on enserre la taille d’une femme dans un corset. La ville blanche inquiétait Mehdi autant qu’elle le ravissait. Il était écœuré par l’odeur d’iode et de poubelle qui stagnait constamment, par le vent poisseux qui vous donnait l’impression d’être sale et, en même temps, il ne pouvait plus s’en passer. Parfois, il se disait qu’il suffirait d’une étincelle pour que tout explose, que le chaudron se mette à bouillir et qu’éclatent des émeutes, comme en 1965. Tous les ingrédients étaient réunis : la sécheresse, la coûteuse guerre au Sahara, l’inflation. Le pays était à genoux, misérable, fatigué par les promesses non tenues. Il semblait loin le temps des utopies et de l’optimisme. Les marxistes, les vrais, croupissaient en prison tandis que les politiques de tout bord appelaient au réalisme, au pragmatisme, au compromis.

Ce qu’en dit l’éditeur
"Mehdi se sécha, enfila un tee-shirt propre et un pantalon de toile, et il chercha au fond de sa sacoche le livre qu’il avait acheté pour sa fille. Il poserait sa main sur son épaule, il lui sourirait et lui ordonnerait de ne jamais se retourner. "Mia, va-t’en et ne rentre pas. Ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol, alors peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte le feu."" Enfants de la troisième génération de la famille Belhaj, Mia et Inès sont nées dans les années 1980. Comme leur grand-mère Mathilde, leur mère Aïcha ou leur tante Selma, elles cherchent à être libres chacune à sa façon, dans l’exil ou dans la solitude. Il leur faudra se faire une place, apprendre de nouveaux codes, affronter les préjugés, le racisme parfois. Leïla Slimani achève ici de façon splendide la trilogie du Pays des autres, fresque familiale emportée par une poésie vigoureuse et un souffle d’une grande puissance.
Biographie
Leïla Slimani est née en 1981, elle vit à Paris. Dans le jardin de l'ogre est son premier roman.
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