Publisher’s opinion
A l'heure où nous achevons ces lignes, la pandémie qui ravage le monde nous rappelle, si besoin était, deux puissantes réalités auxquelles les Anciens avaient prêté toute leur attention au point d'en faire des piliers de leur sagesse : pas plus que la maladie n'affecte le corps seul, mais touche à l'être tout entier, aux sentiments, aux relations humaines, aux institutions, à la politique, la médecine ne se limite aux seuls faits du corps : c'est, elle aussi, une discipline du sens et il ne fait aucun doute que la même actualité nous enjoint à comprendre cette formule dans sa double acception. C'est une discipline qui doit considérer le sens et doit y ramener quand tout rend fou. Jean Starobinski pratiqua et étudia la médecine comme une discipline du sens. Le corps a-t-il une histoire ? Madame Bovary avait-elle de la fièvre ? Pourquoi Molière se moque-t-il des médecins ? Les psychiatres soviétiques ont-ils révolutionné l'approche des maladies nerveuses ? Et encore : d'où vient la semence ? Le stress est-il une maladie ? Telles sont quelques-unes des questions étonnantes que Jean Starobinski affronte dans ses enquêtes d'histoire de la médecine. L'historien se penche sur les disciplines qui ont tenté de cerner les " raisons du corps " : il y a le corps des médecins, celui des philosophes, celui des écrivains, celui des peintres. Tous ces régimes de rationalité contribuent à la connaissance du corps qui ne cesse de déborder la raison et de s'y dérober. Le corps a ses raisons. Martin Rueff
Biography
Jean Starobinski est né à Genève en 1920, de parents polonais émigrés à Genève pour faire leurs études de médecine.
Il entreprend d'abord des études de lettres classiques, puis des études de médecine à l'université de Genève, qui le conduisent à un doctorat ès lettres en 1958 : Jean-Jacques Rousseau : la Transparence et l'Obstacle, et en médecine, à l'université de Lausanne, en 1960 : Histoire du traitement de la mélancolie, des origines à 1900. Il poursuit parallèlement des études de piano, qui mettent la musique au coeur même de sa pensée.
Il enseigne la littérature française à l'université Johns Hopkins de Baltimore (1953-1956), à l'université de Bâle (1959-1961) et à l'université de Genève (1958-1985) où il donne également des cours d'histoire des idées et d'histoire de la médecine. Ses livres, comme son enseignement, apportent des vues nouvelles sur de grandes oeuvres du passé ou sur des parcours thématiques qui permettent de traverser les époques et d'aborder tous les arts.
Il a consacré de nombreux travaux à la création poétique, surtout contemporaine, de Pierre Jean Jouve à Philippe Jaccottet et à Yves Bonnefoy, sans oublier Ramuz, Cingria, Chappaz et bien d'autres.
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