Ce qu’en dit l’éditeur
Si le soleil ne revenait pas : que se passerait-il ? Le vieil Anzévui, prophète de malheur, a sorti de son grimoire la plus funeste des prédictions. À Saint-Martin d’En Haut, où déjà le soleil, l’hiver, n’apparaît guère, on ne le verra plus cette année. Optimistes, pessimistes, rebelles, résignés, tous les villageois se sentent concernés. Car si le soleil ne revient pas, la vie s’arrête. Ce serait comme un hiver qui n’aurait pas son printemps, comme si ce versant de montagne, en plein Valais, ne ressortait plus jamais de sa neige et de sa nuit.
Quelques jeunes personnes vont agir pour que le soleil revienne : Isabelle ira au-devant de lui et fera entendre son rire ; Jean soufflera dans son cornet de berger ; Métrailler tirera treize coups de fusil. Les vieilles femmes du village l’admettront : Il semble bien qu’il se soit trompé. La lumière aura une nouvelle fois triomphé des ténèbres, et le printemps aura terrassé le bonhomme hiver qui ressemble de plus en plus au vieil Anzévui trouvé mort dans son fauteuil…
-------
Vers les quatre heures et demie, ce jour-là, Denis Revaz sortit de chez lui. Il boitait assez bas.
C'était son genou qui "n'allait pas", comme il disait; et on lui disait: "Comment va votre genou?" il répondait: "Il ne va pas fort."
Ainsi il a longé non sans difficulté la petite rue qui traverse le village, et on l'a vu ensuite s'engager sur sa gauche dans un sentier qui menait à une vieille maison.
À peine si on l'apercevait encore dans l'ombre, cette maison; on distinguait pourtant que c'était une maison de pierre avec un toit couvert en grosses dalles d'ardoise, et il se confondait par sa couleur avec la nuit, mais est-ce bien la nuit? ou est-ce le brouillard? ou encore autre chose? parce qu'il y avait déjà plus de quinze jours que le soleil était disparu derrière les montagnes pour ne reparaître que six mois plus tard.
C.F. Ramuz (1878-1947) est considéré comme un des plus importants écrivains suisses du xxe siècle. Après un long séjour à Paris - où il fréquente notamment Édouard Rod et André Gide -, il revient à l’aube de la Première Guerre mondiale dans le canton de Vaud qu’il ne quittera plus. Son œuvre de romancier vise à exprimer les paysages et les spécificités de son pays, des vignobles vaudois aux villages valaisans, au moyen d’un style qui puise aux rythmes et aux inflexions de la langue parlée par ses personnages.
Monument littéraire en Suisse, en France, il fut de son vivant presque célèbre, souvent mal compris, qualifié d'auteur « rustique ». Depuis sa mort, il est peu réédité, peu lu. En 2005, vingt-deux titres réunis en deux volumes font leur entrée dans la prestigieuse collection de La Pléiade, éditée par Gallimard.
Biographie
Né en Suisse le 24 septembre 1878, Ramuz effectue ses études dans le canton de Vaud.
Il obtient son baccalauréat en 1895 et entreprend une licence en lettres classiques, qu'il obtient en 1901. Immédiatement après, il enseigne au collège d'Aubonne, localité située dans une région viticole de son canton. En 1902, il se rend à Paris afin de préparer, à la Sorbonne, une thèse de doctorat sur le poète et écrivain français Maurice de Guérin (1810-1839) qu'il abandonne bien vite pour se consacrer à l'écriture.
Durant plus de dix ans, Ramuz partage alors son temps entre la Suisse romande et Paris où il est introduit dans le salon du critique littéraire, journaliste et écrivain suisse Edouard Rod. C'est du reste par l'intermédiaire de ce dernier que l'écrivain parvient à publier son premier roman, Aline (1905), à Paris, aux Editions Perrin. Il avait précédemment publié chez Eggimann, à Genève, un recueil de poésie à compte d'auteur intitulé Le petit village (1903).
En 1924, il signe un contrat aux Editions Grasset ; il publie alors la plupart de ses livres en deux temps, à Lausanne d'abord, chez Mermod, éditeur et mécène, puis à Paris, chez Grasset. Sa langue, savamment naïve, se veut accordée au rythme du terroir vaudois. Peu après la naissance de sa fille, et quelques semaines à peine avant le début de la Première Guerre mondiale, il décide de rentrer en Suisse, où il reste jusqu'à sa mort en 1947.
Du même auteur