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Sarah, Susanne et l'écrivain

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Éditeur : Gallimard Collection : BLANCHE Date de parution : 13 septembre 2023 Rayon : LITTERATURE FRANCAISE Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782072945892

Couverture du livre Sarah, Susanne et l'écrivain - REINHARDT ERIC - 9782072945892
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À lire
« On a, il me semble, beaucoup insisté sur la structure gigogne et le jeu de mise en abyme du nouveau livre d’Éric Reinhardt. Sans être tout à fait dénués d’intérêt, ces procédés littéraires ne me semblent aucunement constituer l’attrait de ce livre par ailleurs très fort et qui, depuis sa lecture, n’a de cesse de me faire réfléchir. Au fond, Sarah, Susanne et l’écrivain est avant tout un grand roman social autour de l’enjeu d’iniquité de la répartition du patrimoine foncier dans une grande majorité de couple homme-femme. Je vous laisse deviner de quel côté la balance peut bien pencher. Avec beaucoup de talent pour la peinture juste d’une famille aisée, Reinhardt nous invite dans la tête d’une femme dans la quarantaine, mère de deux enfants et architecte en arrêt de travail depuis un diagnostic de cancer. En couple depuis le début de l’âge adulte avec un homme d’affaires issu d’une famille de la petite aristocratie, elle commence à s’apercevoir du délitement de son couple alors que son mari se replie sur lui-même, passant toujours plus d’heures à la cave plutôt qu’avec sa femme et ses enfants. Depuis cet irritant, elle déroule un petit bout de fil qui dépasse et qui va l’amener à constater la disparité flagrante dans la répartition du foncier du ménage. En voulant générer un « électrochoc », elle décide de louer un appartement et de quitter sa famille le temps que son mari réfléchisse. La violence de la réaction de ce dernier ne tardera pas à la surprendre, la faisant lentement glisser vers un abime de détresse et de folie. Parfois drôle, souvent spirituel dans ses dialogues et ses réflexions, ce livre est d’abord et avant tout une étude de l’implacable violence institutionnelle qui s’abat sans état d’âme sur les plus vulnérabilisés (femmes, minorités et démunis) dès lors qu’ils prétendent s’attaquer à l’édifice immuable de nos sociétés (qui n’ont de la justice que la présomption). Glaçant et puissant ! »

extrait sélectionné

Il est vrai que Sarah n’avait pas retiré de la vente de son agence d’architecture autant d’argent qu’elle l’avait escompté. Elle n’avait pas été en position de force pour négocier, son associé prétendait n’avoir rien demandé, c’était elle qui voulait partir, diriger seul leur structure ou en devenir l’unique propriétaire n’avait jamais été son ambition. Ce qu’elle en avait obtenu, elle l’avait versé sur son compte courant pour subvenir aux besoins quotidiens de la famille. Tout mariés qu’ils étaient depuis presque quinze ans, son mari et elle n’avaient pas de compte bancaire commun, ni réuni leurs économies respectives. En vertu d’un accord tacite (ou, soyons précis, suggéré par lui, jamais discuté), c’est Sarah qui réglait les dépenses de la vie familiale : l’alimentation, les factures de téléphone et d’électricité, le fioul pour la chaudière, les locations d’appartement et les billets de train ou d’avion pour les vacances, les vêtements des enfants et ceux de son mari, bref, tout ce qui était prosaïque et périssable – tandis que lui, plus noblement, répartition typiquement patriarcale, remboursait les emprunts pour leur maison, ses travaux d’embellissement et les terrains que peu à peu ils acquéraient, mitoyens du leur, afin de se prémunir d’une quelconque contrariété visuelle. La vue était prodigieuse. Par temps clair, de son bureau sous les toits, Sarah pouvait apercevoir la mer. Les alentours étaient peu affectés parla propagation du psoriasis périurbain qui est fréquent dans la région. Sarah était heureuse dans cette maison, cette maison l’inspirait, elle lui donnait des forces, elle l’avait beaucoup aidée dans son combat contre la maladie. D’ailleurs, quand elle y repensait, il lui semblait incompréhensible que juste avant la découverte de son cancer du sein elle se soit laissé convaincre d’en acquérir une autre, certes plus spacieuse et plus spectaculaire encore, mais qui lui était intrinsèquement étrangère (elle l’avait senti tout de suite) et ne serait jamais devenue sa maison à elle au degré de plénitude qu’avait atteint celle-ci. Sarah aimait passer ses journées réfugiée sous les toits à se projeter dans toutes sortes d’expérimentations artistiques et architecturales.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sarah a confié l’histoire de sa vie à un écrivain qu’elle admire, afin qu’il en fasse un roman. Dans ce roman, Sarah s’appelle Susanne. Au départ de ce récit, Susanne ne se sent plus aimée comme autrefois. Chaque soir, son mari se retire dans son bureau, la laissant seule avec leurs enfants. Dans le même temps, elle s’aperçoit qu’il possède soixante-quinze pour cent de leur domicile conjugal. Troublée, elle demande à son époux de rééquilibrer la répartition et de se montrer plus présent, en vain. Pour l’obliger à réagir, Susanne lui annonce qu’elle va vivre ailleurs quelque temps. Cette décision provoquera un enchaînement d’événements aussi bouleversants qu'imprévisibles… Réflexion sur le lien troublant et mystérieux qui peut apparaître entre lecteurs et écrivains, ce roman puissant, porté par la beauté de son écriture, fait le portrait d’une femme qui cherche à être à sa juste place, quelque périlleux que puisse être le chemin qui y mène.
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Ce livre a été associé à l’Actualité : Première sélection du prix Médicis 2023