Ce qu’en dit l’éditeur
Le goût de Ramuz pour la nouvelle et les potentialités du genre comme terrain d’expériences narratives ont été sous-estimés par la critique dont les regards se sont concentrés le plus souvent sur les romans. Voici un choix du style tardif de l’écrivain entre 1943 et sa mort, survenue le 23 mai 1947.
Quelques thèmes omniprésents dans ces nouvelles :
Le désir :
« Et il a vu la chose qui a suivi, qui a été qu’elle a levé les bras et qu’elle retirait sa robe, étant devenue un peu plus blanche, puis qu’elle a encore changé de couleur, puis que, tournant la tête de tous côtés sur ses épaules, elle a jeté les yeux autour d’elle. Lui, est perché là-haut, sur un avancement du roc, on ne se doute pas de sa présence, il n’est pas vu, il voit tout. »
Le leitmotiv de la séparation, central dans l’imaginaire ramuzien, fait encore retour. Et du monde alentour, il se communique aux êtres :
« Et à peine t’ai-je quittée que la distance qui était entre nous s’accroît démesurément, comme quand un bateau s’éloigne de la rive et la rive elle-même fuit en arrière ; »
La langue, le phrasé :
« Faire avec des mots quelconques des phrases qui ne soient pas quelconques. »
La syntaxe cahotante et rythmée, les répétitions oratoires, la fameuse comparaison elliptique « comme quand », propre à Proust et à Ramuz, ont cet effet d’hésitation curieuse, de perception par un œil neuf :
« Puis elle s’est jetée à la nage et alors l’eau du lac a été cassée en mille morceaux comme quand on donne un coup de poing dans une vitre. »
Le regard :
« Tandis que la nuit monte de chaque repli de terrain par des épaisseurs qu’on voit se poser les unes à côté des autres, qu’on voit être mises les unes sur les autres : une fumée et un brouillard où les choses disparaissent et lui-même est enseveli : alors il y a eu devant lui une petite lampe, une petite fenêtre éclairée, qui a été pour lui tout à coup comme est le phare pour le marin perdu sur la mer. »
La collection « C. F. Ramuz »
Voici une série de volumes afin de rendre hommage à l’écrivain le plus important de Suisse romande. Parfois considéré à tort comme un glorificateur du terroir, C. F. Ramuz est avant tout un inventeur de formes romanesques, un explorateur des registres et des ressources de la langue, un essayiste en décalage, un nouvelliste hors pair, comparable à un Picasso. À travers des titres choisis par Daniel Maggetti et Stéphane Pétermann, préfacés et annotés par des critiques aux horizons variés, cette collection ouvre l’accès à des textes peu connus, mais fait aussi découvrir autrement les œuvres emblématiques de l’auteur.
Charles-Ferdinand Ramuz est l’écrivain le plus important de Suisse romande. Né en 1878 à Lausanne, il fait des études de Lettres puis s’installe pour dix ans (1904-1914) à Paris où il étudie à la Sorbonne, fréquente Charles-Albert Cingria, André Gide ou le peintre René Auberjonois, écrit entre autres Aline (1905), Jean-Luc persécuté (1909), Vie de Samuel Belet (1913). Dès ces premiers textes, les thèmes ramuziens tels que la solitude de l’homme face à la nature, l’amour et la mort, la nature personnifiée sont déjà présents.
Peu à peu, Ramuz abandonne la narration linéaire et la multiplication des points de vue et adopte souvent un narrateur collectif et anonyme, « on ». Ses romans parlent d’ordre et de transgression, de création et de destruction, toujours d’amour et de mort. Son écriture audacieuse lui valent des critiques de ceux qui lui reprochent d’écrire mal « exprès ». Dès 1924, Grasset publie les livres de Ramuz et lui assure ainsi un succès auprès des critiques et du public.
Son œuvre est aujourd’hui publiée dans la collection de la Pléiade.
Biographie
Né en Suisse le 24 septembre 1878, Ramuz effectue ses études dans le canton de Vaud.
Il obtient son baccalauréat en 1895 et entreprend une licence en lettres classiques, qu'il obtient en 1901. Immédiatement après, il enseigne au collège d'Aubonne, localité située dans une région viticole de son canton. En 1902, il se rend à Paris afin de préparer, à la Sorbonne, une thèse de doctorat sur le poète et écrivain français Maurice de Guérin (1810-1839) qu'il abandonne bien vite pour se consacrer à l'écriture.
Durant plus de dix ans, Ramuz partage alors son temps entre la Suisse romande et Paris où il est introduit dans le salon du critique littéraire, journaliste et écrivain suisse Edouard Rod. C'est du reste par l'intermédiaire de ce dernier que l'écrivain parvient à publier son premier roman, Aline (1905), à Paris, aux Editions Perrin. Il avait précédemment publié chez Eggimann, à Genève, un recueil de poésie à compte d'auteur intitulé Le petit village (1903).
En 1924, il signe un contrat aux Editions Grasset ; il publie alors la plupart de ses livres en deux temps, à Lausanne d'abord, chez Mermod, éditeur et mécène, puis à Paris, chez Grasset. Sa langue, savamment naïve, se veut accordée au rythme du terroir vaudois. Peu après la naissance de sa fille, et quelques semaines à peine avant le début de la Première Guerre mondiale, il décide de rentrer en Suisse, où il reste jusqu'à sa mort en 1947.
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