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Dangers de fumer au lit (Les)

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Éditeur : ALTO Date de parution : 24 avril 2023 Rayon : LITTERATURE ESPAGNOLE Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782896946198

Couverture du livre Dangers de fumer au lit (Les) - Enriquez Mariana - 9782896946198
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À lire
« La traduction de l’œuvre de la fascinante Mariana Enriquez se poursuit avec la publication de son premier recueil de nouvelles. On y repère aisément l’esquisse alerte des thèmes développés plus en profondeur dans le grandiose Notre part de nuit. Avis aux âmes sensibles : il vaut peut-être mieux rester parmi les vivants que de s’embarquer sur la barque de cette contemporaine passeuse de l’Achéron qui tutoie les morts et fait la sarabande avec les démons qui les tourmentent. Ne vous surprenez pas, alors, de faire prendre l’air hors de sa tombe au bébé qui fut votre tante et d’évoquer de puissances anciennes pour résoudre d’adolescentes jalousies. Vous tâcherez de partir vite et de revenir tard (pour paraphraser Fred Vargas), mais les malédictions vous rattraperont toujours et les cadavres trouveront d’inventifs moyens de se manifester, par les nerfs comme par le nez. Écoutez la poésie arythmique des cœurs malades, dévorez vos idoles pour assurer leur postérité et participez aux essaims de fantômes qui fonderont des pandémies nouveau genre. Cela devrait vous procurer quelques frémissements avant que ne vienne le temps de la tombe et que ce genre de sombres mignardises ne vous réjouissent plus autant (la faute à l’accoutumance). Debout les junkies de la terre, l’horizontalité sera bien assez longue ! »

extrait sélectionné

Moi j’adorais la pluie, elle ramollissait la terre sèche et je pouvais ainsi m’adonner à ma manie de creuser. Le nombre de trous ! J’utilisais la même pelle que ma grand-mère, toute petite, comme une pelle de plage pour enfant, mais en métal et bois, pas en plastique. Au fond de la terre il y avait des morceaux de bouteilles en verre vertes, aux bords tellement polis qu’ils n’étaient plus coupants ; de douces pierres qui ressemblaient à des galets de jardin ou de plage. Pour quelle raison étaient-ils enterrés chez moi ? Quelqu’un avait dû les enfouir là. Un jour, j’ai trouvé une pierre ovale, de la taille et de la couleur d’un cafard, mais sans pattes ni antennes. Elle était lisse d’un côté et sur l’autre il y avait des encoches qui formaient clairement les traits d’un visage souriant. Je l’ai montrée à mon père, surexcitée car je pensais avoir découvert une relique, et il m’a dit que les entailles dessinaient un visage par hasard. Mon père n’était jamais enthousiaste. J’ai trouvé des dés noirs, dont les points blancs étaient devenus presque invisibles. Et aussi des bouts de verre dépolis vert pomme et turquoise. Ma grand-mère s’est souvenue qu’ils provenaient d’une vieille porte. Je jouais également avec des vers de terre que je coupais en tout petits morceaux. Je détestais voir leur corps sectionné se tortiller avant de continuer d’avancer. Je me disais que si je coupais bien le ver, comme un oignon, sans laisser aucun contact entre les anneaux, il n’arriverait pas se reconstituer. Je n’ai jamais aimé les bestioles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Avec une tendresse évidente pour les marginaux et les opprimés, pour ceux et celles qui souffrent ou qui errent, les douze histoires qui composent Les dangers de fumer au lit laissent voir les entrailles corrompues de certains pans abîmés de l’histoire contemporaine. Mariana Enriquez (Notre part de nuit, Prix des libraires du Québec) possède une plume à l’extraordinaire pouvoir évocateur. Elle manie avec brio les codes de l’horreur tout en apportant au genre sa voix radicalement moderne et engagée. Provoquant à la fois fascination et répulsion, elle démontre à coups d’électrochocs que l’horreur est assurément humaine. Une jeune femme est écrasée par le poids des peurs ancestrales ; des enfants abandonnés diffusent leur puanteur pour qu’on ne les oublie pas ; deux admiratrices dévorent le cadavre de leur idole... La sombre impératrice de la littérature sud-américaine nous précipite dans une vertigineuse descente à la suite d’adolescents torturés, de fantômes à la dérive et de femmes affamées, dans les voies les plus souterraines de la sexualité, du fanatisme et des obsessions.
Biographie
Biographie de Mariana Enriquez Née à Buenos Aires en 1973, elle a fait des études de journalisme à l'université de La Plata et dirige Radar, le supplément culturel du journal Página/12. Elle a publié deux recueils de nouvelles, dont le très remarqué Ce que nous avons perdu dans le feu, publié aux Editions du sous-sol en 2017 (Points, 2021). Elle a reçu le prestigieux prix Heralde et le prix de la Critique pour son premier roman Notre part de nuit, succès de librairie en Espagne et en Amérique latine et en cours de traduction dans plus d'une vingtaine de langues.
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