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Actualités littéraires

L’écrivain suédois Per Olov Enquist est mort à l’âge de 85 ans

Photo Per Olov Enquist, Crédit Philippe Matsas. Opale. Leemage

28-04-2020
LE Monde - Florence Noiville - 27 avril 2020

Il se voyait comme « un homme élégant, très grand, toujours gentil et pas très occupé puisqu’il passait son temps à écrire des livres » (La Montagne aux trois grottes, La Joie de lire, 2011). Le Suédois Per Olov Enquist, l’une des figures marquantes des lettres scandinaves, est mort samedi 25 avril. Il avait 85 ans.

Un jour glacial de l’hiver 2011, Le Monde avait rendez-vous avec lui à Stockholm. Sous les fenêtres de son éditeur, la prestigieuse maison Norstedts, le fleuve était gelé, mais, sur le visage de l’écrivain, la chaleur rayonnait. « J’ai 76 ans. Ce qui veut dire que, maintenant, je suis d’accord pour mourir », nous confiait-il avec un franc sourire. Cette paix était pour lui une conquête, comme il l’expliquait dans Une autre vie, publié chez Actes Sud en 2010, cette poignante autobiographie qui relatait comment il avait jadis sombré dans l’alcool, de façon « lucide », « avec une perspicacité fracassante ». Il évoquait aussi son retour à la vie, sa « résurrection ». « C’est étrange, je m’étais juré que je n’écrirais jamais sur ce sujet. Puis, j’ai commencé, un peu par accident. Et j’ai continué en me disant qu’il fallait aller jusqu’au bout. Sans cacher quoi que ce soit. Ça a jailli comme ça. Sans honte ni peur. Je me disais : “Il faut raconter cette putain d’histoire.” Parfois, l’écriture est comme une grossesse. Quelque chose s’accumule en vous, jusqu’au moment où il devient inévitable de l’expulser. » 

 

Né le 23 septembre 1934 à Hjoggböle, dans le nord de la Suède, Per Olov Enquist (POE pour les Suédois) étudie l’histoire à l’université d’Uppsala, avant de rejoindre la presse écrite et la télévision. Ses premiers romans, Kristallögat (« l’œil de cristal », 1961, non traduit), Le Cinquième Hiver du magnétiseur ou L’Extradition des Baltes – tous deux réédités dans la collection « Babel » –, paraissent dès les années 1960. Mais ce n’est qu’à partir de 1977 qu’Enquist se consacre entièrement à l’écriture. Une trentaine d’ouvrages au total qui, témoins de son talent polymorphe, couvrent tous les genres : théâtre, nouvelles, scénario (sur l’écrivain norvégien et Prix Nobel 1920 Knut Hamsun), essais sur le sport (il fut dans sa jeunesse athlète de haut niveau), biographie (de l’écrivain Johan August Strindberg, son modèle), livres de jeunesse…

Mélange de faits et de fiction

En France, il se fait remarquer avec Le Médecin personnel du roi (Actes Sud, 2000), un roman sur la folie du roi Christian VII de Danemark, qui lui vaut le prix du meilleur livre étranger (2001). Suit Blanche et Marie (Actes Sud, 2006), où il imagine la rencontre de deux femmes, Marie Curie et Blanche Wittman, la célèbre patiente du docteur Charcot à la Salpêtrière. Ces deux romans sont représentatifs de la « méthode POE », consistant à tricoter ensemble les faits vrais et la fiction pour qu’ils s’éclairent dans un jeu d’ombres et de lumière subtilement dosé. Un jeu où le vrai ne va jamais sans le faux – enfant déjà, POE dessinait des cartes, mais en y ajoutant des sentiers et des collines de son imagination.

Un petit livre occupait pour lui une place particulière, L’Ange déchu (Actes Sud, 1986) un texte bouleversant sur les incongruités de l’amour. « Entre 1978 et 1990, il y a eu un trou noir dans ma vie », expliquait-il. « I was a man trying to drink himself to death » (« j’étais un homme qui essayait de boire jusqu’à en mourir »). L’Ange déchu est le seul et mince roman de ces années-là. « Je l’écrivais pendant les quelques heures où je n’étais pas ivre. Les heures sobres et glacées où mon cerveau fonctionnait. Je l’ai composé comme un oratorio. J’en étais si heureux… »

 

Dès lors, il réussit à « nouer les derniers pans de son ancienne vie avec ceux de la nouvelle ». Il tord le cou à la culpabilité, se sent libéré. Enquist le reconnaissait : il y a chez lui quelque chose de métaphysique, dans ses peurs, ses failles, toutes ces fragilités humaines qu’il scrute si intelligemment dans ses livres. « Je suis né dans une famille où la Bible était très présente. Où l’on pense que si Dieu vous a donné un talent, vous en êtes responsable. Or, j’ai beau être humble, je suis conscient que ce que je sais faire, c’est écrire. Il m’arrive même de me dire que je suis plutôt un bon écrivain. Pour un médiocre plumitif, il n’y aurait guère d’enjeu. Mais quand on pense qu’on a du talent et qu’on ne l’utilise pas, alors c’est là qu’on tombe dans l’alcool. C’est comme si la voiture et le moteur n’étaient pas connectés… »


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