Ce qu'en dit l'éditeur
La question de la laïcité suscite depuis quelques années des débats passionnés au Québec comme dans la plupart des pays occidentaux. Place de la religion dans l'espace public, égalité entre les hommes et les femmes, intégration des immigrants, elle touche à des enjeux importants qui sont au coeur de notre modèle de société. À titre d'exemple, l'article premier de la Charte canadienne des droits et libertés du Canada fait référence à la suprématie de Dieu... Les auteurEs qui s'expriment dans ce recueil ont tous en commun de partager une perspective libérale et progressiste de la société, à travers des valeurs de justice sociale, d'égalité et de respect des libertés individuelles. Ils ne partagent cependant pas la même conception de la laïcité et leurs positions, divergentes, permettent au public de saisir les différents enjeux reliés à la laïcité au Québec. Chaque auteurE apporte une grille de lecture différente, que ce soit par son expérience militante de terrain ou sa formation académique, replaçant le débat dans une approche à la fois sociologique, philosophique, politique et féministe. Quel modèle souhaitons-nous pour la société québécoise? Une « laïcité stricte », calquée sur le républicanisme français, ou une « laïcité ouverte », inspirée du communautarisme britannique? Les pourfendeurs de la laïcité ouverte considèrent que rapprocher ces deux termes est déjà un contre-sens. En se déclarant ouverte, elle remet en cause la neutralité de l'État vis-à-vis des religions, ce qui est jugé comme un recul. De leur côté, les défenseurs de la laïcité ouverte tentent de penser un aménagement de la place du religieux dans une perspective pluraliste et pragmatique. Car depuis la « crise des accommodements raisonnables » et le rapport de la commission Bouchard-Taylor, un malaise persiste qu'aucune loi n'est venue dissiper. Faut-il maintenir le crucifix à l'Assemblée nationale? Doit-on interdire le port de signes religieux dans les institutions pub liques? Le cours d'Éthique et de culture religieuse est-il le cheval de Troie du multiculturalisme canadien? La tolérance vis-à-vis des signes religieux dans la fonction publique et notamment le voile restent source de désaccords profonds. Bien qu'elle reconnaisse le fait que le voile symbolise l'oppression de la femme, la Fédération des femmes du Québec s'oppose également à son interdiction, source d'exclusion et handicap à la poursuite d'une autonomie financière de la femme voilée. Pour d'autres, le refus des signes religieux au sein de la fonction publique paraît indispensable pour ne pas remettre en cause les valeurs durement acquises de l'égalité de sexes et pour maintenir la neutralité des agents de l'État. Deux points de vues opposés s'affrontent également sur le cours d'Éthique et culture religieuse, les uns le considérant comme une compréhension précieuse du fait religieux, les autres comme un endoctrinement qui favoriserait une culture de la religion, à l'abri d'un esprit critique athée. C'est avec vigueur que toutes ces questions, et bien d'autres, sont débattues dans ce livre présenté par Normand Baillargeon comme une « précieuse contribution à la conversation démocratique ». Avec la participation de Michèle Asselin, Daniel Baril, Normand Baillargeon, Françoise David, Ruba Ghazal, Jean-Marc Larouche, Louise Mailloux, Yvan Perrier, Jean-Marc Piotte, Marie-Michèle Poisson, Guy Rocher, Louis Rousseau, Nathalie Roy et Daniel Weinstock.
Du même auteur