Ce qu'en dit l'éditeur
« Je est tout le monde et n'importe qui. »
Régis Jauffret.
Rencontre avec Régis Jauffret, à l'occasion de la parution de Microfictions (2007)
Quappelez-vous « microfictions » ?
Régis Jauffret Cest une tentative de faire rentrer toute la vie dun homme ou dune femme dans une goutte deau, la goutte deau étant cet espace très limité dune page et demie.
Le livre nest pas un recueil, au sens où il ne sagit pas dhistoires écrites auparavant et réunies pour loccasion. Cest
un projet global, qui mest venu après lécriture des deux ou trois premiers textes, visant à constituer un bloc de cinq cents histoires qui formeraient un objet appelé roman, rempli de fictions, rempli
de personnages. Et ce livre est rempli de personnages jusquà la gueule.
Comment imaginez-vous ces histoires ?
Régis Jauffret Le point de départ, cest le moment où je vois quelquun dans une foule, que ce soit dans la rue, le métro, une réception
Puis, jimagine sa vie, jessaye de me mettre autant que possible dans sa tête, un peu comme un spéléologue. Jai toujours pensé quun écrivain était avant tout un acteur, jai été un acteur dans ce livre : chaque fois que jécrivais une histoire, je me
sentais comme un comédien qui arriverait sur scène sans avoir ni rôle, ni texte, face à un théâtre plein ! Cest limpression que
javais en masseyant pour écrire : dentrer sur scène sans savoir si jétais jeune ou vieux, si jétais une femme, un homme, un enfant
Chaque fois, il me fallait devenir un personnage que jinventais de A à Z. Je me suis même mis dans la peau de personnages absolument épouvantables, jai vraiment eu limpression de faire dhorribles voyages. Par exemple je me suis
coltiné la personnalité dun pédophile en étant à lintérieur du personnage. Je nen suis pas toujours ressorti intact.
Ces textes vous viennent-ils dun seul jet ou les retravaillez-vous jusquà obtenir limpact souhaité dans le calibrage imposé ?
Régis Jauffret Je nai pas écrit ces histoires en les reprenant,
même pas en les méditant par avance. Dailleurs je suis absolument incapable décrire quelque chose que jai déjà imaginé. Je me mettais à écrire et il se produisait une sorte de grâce, lhistoire, le personnage, surgissaient toujours comme si un pouvoir magique mavait été attribué. Jécrivais trois, voire quatre textes par jour, à chaque fois je voyais surgir comme dune lampe dAladin une nouvelle histoire, cest-àdire la vie de quelquun dont je navais auparavant aucune idée.
Considérez-vous Microfictions comme un roman à part entière ?
Régis Jauffret Le roman est sans doute la forme la plus géniale qui ait été inventée, la plus solide et la plus forte, parce quil sagit dun organisme vivant qui évolue, se transforme, tout en restant toujours le roman.
Sans parler de « nouveau roman » ou de « nouveau nouveau roman », je pense que la littérature ne doit pas avoir peur de faire évoluer les genres. Je pense aussi que chaque histoire prise individuellement nest pas un cinq centième du livre, de même quune foule est plus que la totalité des individus qui la composent. Cest pour moi la définition du roman : à la base, la fiction, elle-même faite de personnages, dont lensemble forme une foule. Alors disons que Microfictions cest une foule en particulier, quon aurait rencontrée un jour, par hasard, vers cinq heures du soir.
© www.gallimard.fr, 2007
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