Ce qu'en dit l'éditeur
Le présent volume regroupe 247 lettres écrites ou dictées par Ossip Mandelstam,l'un des grands poètes russes du XXe siècle.
La première lettre dont nous disposons est de 1903 (Mandelstam a douze ans et demi). La dernière est écrite en 1838, du Goulag, un mois et demi avant sa mort.
C'est un vrai "miracle" que ces lettres - une partie seulement de la correspondance - aient été conservées : d'ordinaire, on détruisait instantanément toute trace de lien avec un ami, voire un parent, soudain compromettant, devenu, une nuit, un de ces disparus dont on ne savait trop s'ils étaient détenus ou déjà fusillés.
Enjouées ou poignantes, tragiques ou implacables, ces lettres, qui sont souvent de magnifiques lettres d'amour adressées à Nadejda Mandelstam, renouvelleront notre connaissance de l'oeuvre et du destin du poète.
Préface d'Annie Epelboin.
Biographie
Ossip Mandelstam, né le 2 janvier 1891, fit des études à Paris, Heidelberg et Saint-Pétersbourg. En 1911/1912 il participa, avec Goumilov et Akhrnatova, à la création de l'acméisme qui voulait opposer au verbe désincarné des symbolistes une architecture fondée sur le « mot objet ». Son premier recueil La Pierre (1913) révélait toutefois la force et l'originalité d'un poète sans réelle ascendance.
D'abord lié à la révolution par une sorte de « joute et attrait » où le rythme et le mythe transcendent l'époque dans une « nostalgie de la culture mondiale », avant tout méditerranéenne (Tristia, 1923), Mandelstam allait inverser nombre des éléments de sa poétique, à partir de 1930, afin d'appréhender la réalité nouvelle, marquée par une perversion sans précédent des valeurs et des signes. Quand on vient l'arrêter en mai 1934, il est « prêt à la mort ». Mais condamné à trois ans d'exil, il va écrire à Voronej, en quelques mois les plus fertiles de son existence, les poèmes des trois Cahiers qui sont un des sommets de la poésie russe du vingtième siècle. Arrêté une nouvelle fois en mai 1938, le poète est envoyé au Goulag et meurt le 27 décembre près de Vladivostok, au seuil même de la Kolyma.
Du même auteur