Ce qu'en dit l'éditeur
« Lécriture est intimement liée, pour André du Bouchet, à lexistence dune faille, et la poésie se présente comme une tentative pour la franchir.Il a vécu précocement et intensément, au cours dun exode pendant la seconde guerre mondiale, cette « perte du monde » qui est, selon Hannah Arendt, la « condition de lhomme moderne ». Et il est un de ceux qui, comme Francis Ponge, au sortir de la guerre, ont confié à lart et à la poésie la tâche de « prendre en réparation le monde », « par fragments ». Bien quil soit instruit de larbitraire du signe linguistique, contrairement à beaucoup de ses contemporains tentés par le formalisme et le textualisme, il entend conjurer lécart qui sépare les mots des choses.Cest au prix de longues recherches et de multiples tâtonnements quAndré du
Bouchet a ainsi inventé un dispositif typographique inédit, qui prolonge et renouvelle les tentatives de Mallarmé et de Reverdy. Cest grâce à cet espacement du texte, qui déploie les énoncés sur la page de façon toujours plus audacieuse et en même temps très rigoureuse, quil a trouvé sa voix en poésie, et la voie qui lui a permis de retrouver dans les mots la relation perdue avec le monde.Les blancs, qui occupent une si large place dans ses recueils, depuis Dans la chaleur vacante (1961), ne sont pas pour Du Bouchet des vides, mais « le lieu du vif » : ils ajourent et aèrent le poème, quils ouvrent sur son dehors. Tout se passe comme si la page prenait le relais du paysage, le déploiement de lécriture hors des cadres habituels de la versification et de la justification continuant lélan du corps qui avait présidé à sa naissance.Un des aboutissements de cette démarche poétique singulière est, sans nul doute, Ici en deux, paru en 1986. Ce qui sexprime dans ce recueil, cest à la fois le désir dune totale coïncidence avec le monde, et la conscience dun écart irréductible. Cette alliance
paradoxale est depuis toujours au coeur de la réflexion et de la pratique dAndré du Bouchet : cest une faille qui lui a livré accès à la poésie, et cest elle qui donne à ce livre sa forme et son unité.On la retrouve à chaque page, dans le rapport du poète au monde et aux langues. Dès le titre du recueil sinscrit ce paradoxe dune relation au proche qui suppose sa mise à distance, une scission interne qui éloigne lici de lui-même, en le dédoublant ».
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