Ce qu'en dit l'éditeur
À partir de Kafka, notamment, Michel Surya pense et développe la figure hybride dune humanité diminuée, humiliée, mutilée, lhumanimalité. Entre littérature et philosophie se joue ici lexistence dun corps et dune pensée « moitié humaine, moitié animale », seule représentation à même de réunir ce que la philosophie semploie ordinairement à séparer. Un essai commenté, à la fois monument réflexif et instants littéraires uniques, qui fait le point sur les leurres de lhumanité et du désir.
Humanimalités est le troisième volume dune série intitulée Matériologies, dont les deux premiers étaient LImprécation littéraire (Farrago, 1999) et Mots et mondes de Pierre Guyotat (Farrago, 2000). Ce dernier, notamment, entamit cette méditation sur les figures du monde subhumain.
Extrait : Un jour, la littérature a formé des figures qui navaient pour elles quune extrême pauvreté à opposer à tout ce qui senorgueillissait de sa force. On la su ensuite : ces pauvres figures ont porté la prémonition des formes atroces que cette force allait bientôt revêtir. Cette force (la maîtrise, la puissance, la raison) serait bientôt plus grande que jamais ; cest pourquoi il fallait que soit plus grande que jamais, elle aussi, la faiblesse de ceux sur qui celle-ci sexercerait. Une faiblesse si grande que lhomme ny suffirait pas. Il faudrait à une telle faiblesse moins que lhomme. Dit comme cela, cest étrange sans doute. Et affreux. Affreux si lon précise un peu les choses, les affine : moins que lhomme quoique lhomme encore. Ce quoique lhomme encore veut dire, en réalité : quelque chose dans quoi lhomme serait demeuré quoiquil ny serait pas demeuré entier ; quoique ce dans quoi il serait demeuré naurait ressemblé à lhomme quaussi peu que possible. Plutôt quà lhomme lui-même, à lhomme ancien, à quelque chose qui serait lui encore mais infime, humilié, mutilé, indigne et banni. En réalité, à un rebut dhomme. Kafka a appelé « métamorphose » ce moment où lhomme ancien est devenu son propre rebut. Et cest ce qui a résulté dune telle métamorphose que Michel Surya appelle ici « humanimalité ». Humanimalité, ou ce mélange humilié et malade dans lequel de lhomme - et peut-être tout lhomme - demeure encore, quoiquil ny demeure plus quà létat de rebut, cest-à-dire quoique de la bête le défigure. Cest dans Kafka quest née cette figure défigurée. Hybride. Moitié homme, moitié bête. Moitié bête, parce quil ny a que les bêtes que lhomme extermine sans conséquence (et dès lors quon veut exterminer des hommes, il suffit sans doute den faire des bêtes, de les réduire à leur état). Et moitié homme, parce que nul na pu faire, pas même ceux qui ont imaginé dexterminer des hommes comme des bêtes, que ce qui avait dû revêtir les traits des bêtes ne continuent pas de penser en hommes ; ne pensent lhomme quavec plus de profondeur. Cest de la littérature et de la philosophie judéo-allemandes et judéo-polonaises que ce livre tire ses méditations essentielles. De Franz Kafka bien sûr, le tout premier à en avoir eu la prémonition sombre (La Métamorphose, justement, parmi tant dautres). De Bruno Schulz aussi, écrivain admirable. Ils occupent une place centrale dans ce livre. De beaucoup dautres encore : Hermann Ungar, Max Blecher, Isroël Rabon, Hugo von Hoffmansthal, Hermann Hesse, etc. Des philosophes hantent aussi ces pages qui cherchent à représenter comme une boucherie ce quon na quidéalistement représenté comme un holocauste : Benjamin, Scholem, etc.
Biographie
Michel Surya a récemment publié : L'impasse, Al Dante, 2010 et Excepté le possible, Fissile, 2010.Il a créé et dirige la revue Lignes. Le Polième (Bernard Noël) est le quatrième volume de la série " Matériologies ".
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